L’Afrique chinoise

La croissance de l'aide de la Chine dans le cadre de la coopération économique avec les pays ACP, notamment africains, ne laisse pas d'inquiéter au regard de la conditionnalité prévue par les accords de Cotonou dans les rapports de l'Union européenne avec les pays les plus pauvres.

La Chine qui fait de la "non ingérence dans les affaires intérieures" des Etats le principe cardinal de sa diplomatie en Afrique, pourrait, à terme, saper les efforts de l'UE tendant à l'amélioration du respect des droits fondamentaux comme moteur de l'aide au développement.

 

Pékin renforce sa coopération économique avec le continent africain

Source: Le Monde du 23 juin 2006

Le premier ministre chinois, Wen Jiabao, a proposé à l'Afrique, jeudi 22 juin au Cap, un nouveau partenariat basé sur l'"égalité" alors qu'il achève une tournée africaine qui l'aura conduit dans sept pays (Egypte, Ghana, Congo, Angola, Afrique du Sud, Tanzanie et Ouganda). Deux mois plus tôt, le président chinois, Hu Jintao, était lui aussi en visite officielle en Afrique. En Afrique du Sud, le premier ministre chinois a répété que son pays ne poursuivait "aucun intérêt égoïste". Les Chinois sont d'autant mieux accueillis par leurs nouveaux partenaires que, comme le rappelle le premier ministre Wen à chacune de ses étapes, il n'impose aucune "contrainte politique". "Nous ne voulons pas exporter nos propres valeurs et notre modèle de développement", a-t-il expliqué lors de sa visite au Cap. Pour preuve de sa bonne volonté, le premier ministre a promis à ses partenaires sud-africains que la Chine allait restreindre ses exportations de textiles.

 La relation avec l'Afrique est largement au bénéfice des Chinois qui inondent le continent des produits made in China bon marché. Les indicateurs de cette percée chinoise sont éloquents : depuis 2005, elle est le troisième partenaire commercial du continent derrière les Etats-Unis et la France ; en six ans, le commerce bilatéral entre Pékin et les pays africains a été multiplié par quatre pour atteindre 10 milliards de dollars.

 UN DON POUR LE DARFOUR

Plus qu'un débouché commercial, les Chinois cherchent de nouvelles sources d'approvisionnement en pétrole et en minerais. La Chine, qui n'est plus autosuffisante en pétrole depuis 1993, dépend de l'Afrique - du Soudan, du Nigeria ou de l'Angola - pour 25 % de ses fournitures d'or noir.

 Devenu le premier utilisateur mondial de cuivre, la Chine a notamment investi dans des entreprises d'extraction de ce minerai en Zambie et en République démocratique du Congo. Récemment, Pékin a promis de financer des centrales thermiques au Zimbabwe en échange de chrome.

L'Afrique du Sud n'a pas de pétrole mais des idées qui se vendent bien. Pendant l'apartheid, alors que le pays était sous embargo, la société nationale d'hydrocarbures, Sasol, a développé une technologie permettant de produire du carburant automobile avec du charbon. Lors de cette visite, Sasol a signé un accord pour poursuivre les études de faisabilité afin d'installer en Chine deux usines. Le marché est de 10 milliards de dollars. L'Afrique du Sud est déjà présente en Chine avec le géant mondial de la brasserie, SAB-Miller, ce qui fait de ce pays l'un des rares en Afrique à investir en Chine plus que la Chine n'investit chez lui. Pékin ne traite pas avec Pretoria comme avec les autres pays d'Afrique car elle a, face à elle, une économie émergente, pas un pays aux abois.

 Sur le reste du continent, la Chine fait des affaires, indifférente à la morale. Les Occidentaux, auxquels elle rafle des marchés, ne manquent pas de le lui reprocher. Pékin se moque de la démocratie, des droits de l'homme ou de la bonne gouvernance. Alors que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) essaient de pousser les Etats producteurs de pétrole à mieux gérer cette manne, la Chine ne demande aucun compte.

Lassée d'être montrée du doigt, la Chine tente de donner des gages. Wen Jiabao vient ainsi d'annoncer un don de 795 000 euros à la mission de paix de l'Union africaine au Darfour, plus 2 millions d'euros pour venir en aide aux réfugiés et déplacés dans cette région de l'ouest du Soudan. Il a également évité, lors de sa tournée, de se rendre au Soudan et au Zimbabwe, deux des partenaires privilégiés de Pékin. Mais pas de fâcheries en vue, pendant que M. Wen était en Afrique, la vice-présidente zimbabwéenne, Joyce Mujuru, était, elle, à Pékin.